L'amant et moi avons des relations mouvementées depuis des années maintenant. Nous entretenons des rapports plutôt compliqués.
Très vite, j'ai su que je ne quitterais jamais Monsieur, car, malgré des hauts et des bas, je l'aime encore et toujours. De plus, nous avons fait la plus belle chose qui soit au monde :
notre Lutin.
Très vite, je l'ai dit à l'Amant, qui, lui, aurait aimé que nous vivions ensemble. Il était alors marié, sans enfant. C'était plus facile pour lui, déjà à l'époque.
Puis, l'Amant m'a trahie, avec une ancienne collègue, avec qui il habite aujourd'hui. Il aurait voulu, alors que nous cessions de nous voir. Je ne l'ai pas supporté, je l'ai retenu de toute la
force de mes larmes et de mon corps. Il m'est finalement revenu, car il a compris qu'il ne pouvait se passer de moi, comme moi de lui. Car, je le répète, malgré l'amour que je porte à Monsieur,
qui est sincère, j'ai aussi besoin de l'amour de l'Amant, qui me fait du bien.
Depuis lors, nous nous voyons en secret. Entre temps, l'Amant a divorcé. Il est toujours avec sa Compagne, chez qui il vit par facilité (c'est tellement difficile de trouver à se loger de nos
jours ! Elle lui fournit donc un certain confort assez facile, puisqu'elle ne sait rien de notre liaison qui dure).
Sa situation est beaucoup plus facile à gérer que la mienne, qui dois jongler entre le temps passé avec Lutin et Monsieur, le temps passé au travail...
J'ai été un peu souffrante dernièrement et je suis rentrée de congés maladie il y a peu : pendant mon absence, le retard dans mon travail , que je suis seule à assurer, s'est considérablement
cumulé. Aussi, hier, jeudi, profitant du fait que ma bibliothèque était fermée au public grâce à la grève, je fais en sorte de rattraper un peu mon retard. L'amant a fait preuve alors d'un
certain égoïsme : lui s'est mis en grève et il n'a pas compris que je ne me mette pas moi même en arrêt. Il m'a en quelque sorte fait une scène, en me disant que je n'étais pas
disponible.
Théoriquement, il comprend que je ne peux matériellement pas lui accorder tout le temps que j'aimerais. Théoriquement, il comprend que je me dois à ma famille. Mais, dans les faits, il n'a aucune
idée de tous les efforts que je dois déployer pour le rejoindre : les mensonges à Monsieur, à Lutin, à mes parents et à mes amis. Il oublie que si je fais tout cela, c'est par amour pour lui : si
je ne l'aimais pas, pourrais-je lui accorder tant d'effort ?
Mener une double vie n'est pas facile. Pourtant, encore aujourd'hui, malgré tous mes sacrifices, je ne saurais faire autrement. : J'aime Lutin, j'aime Monsieur et j'aime l'Amant.